Merci à Alternative News pour cet article :
Insming, en Moselle dans le nord-est de la France. 600 habitants à l’année. Depuis 2024, à l’initiative de deux amis, une manifestation est venue perturber la campagne profonde (parce qu’ici, à part des champs, il n’y a pas grand-chose), à 1h de route à la fois de Nancy, Metz et Strasbourg. Ce festival, c’est le Mozhell Open Air et c’est clairement mon coup de cœur de l’année, un festival que vous devez désormais absolument connaître ! Je vous raconte tout.
On rappelle que la première édition avait fait venir LANDMVRKS et Rise Of The Northstar (une quinzaine de groupes au total), puis en 2025, c’était au tour de Fear Factory, Soulfly ou encore Carpenter Brut d’y être présents (vingt groupes à l’affiche). C’est dire qu’en à peine deux ans, le festival a déjà réussi à proposer du lourd avec peu de moyens et il voit déjà les choses en grand pour 2026 en passant de deux à trois jours avec pas moins de 26 groupes à l’affiche, faisant la part belle à la fois aux formations françaises mais aussi à de gros groupes internationaux.
Vendredi 24 juillet, je travaille encore ce jour-là. Le temps de rentrer du bureau, de rouler deux heures, de déposer mes affaires dans un sympathique Airbnb situé à 15 minutes du festival (oui, je me fais vieux, fini le camping pour moi), il est déjà 19h30 lorsque j’arrive devant la Main Stage (grande scène) pour ALEA JACTA EST, alors que le jeune groupe de prog-metal parisien Astrayed Place (gagnant du tremplin pour le vendredi) a ouvert le bal juste avant sur la petite scène.
Le Toulouse crew n’est pas là pour enfiler des perles et a bien fait suer le pit avec les riffs tranchants de ses deux Flying V façon Hatebreed et ses gang vocals dans le plus pur esprit hardcore. Tous les codes sont respectés : circle-pit, mosh, chanteur qui vient à la crash-barrière, 2-step, la fosse répond positivement aux sollicitations de ce groupe qui fête ses 20 ans de carrière cette année. C’était une première pour moi et je serai ravi de pouvoir les revoir prochainement.
Petite visite des lieux, qui est en fait l’ancien terrain de football du village (comme ça, vous avez une idée d’à quoi ressemble ce site rectangulaire). La Main Stage est au bout du terrain, à sa gauche, la Slash Stage (petite scène), une enfilade de stands en tous genres, un endroit pour s’amuser à lancer des haches sur des cibles, à l’opposé de la grande scène se trouve un énorme chapiteau avec des tables et des bancs pour pouvoir se poser à l’ombre (un point fort), puis de l’autre côté, les stands de restauration et un long bar. Comme dans la grande majorité des festivals actuels, un système cashless avec bracelet a été mis en place (uniquement pour les boissons et les repas) et vu qu’il fait chaud, un petit couloir brumisateur a été installé à l’entrée pour rafraîchir les festivaliers.
À 20h, dans un registre diamétralement différent, c’est au tour de Blazon Fire d’entrer en action. Alors, ce quatuor atypique existe depuis une dizaine d’années et se veut être (un peu) le successeur en toute paro… modestie, des Guns’N’Roses et autres Motley Crue, ou dans la pure lignée de nos BlackRain pour la référence française. Le chanteur est dans la fosse avant le set pour attirer les spectateurs vers la Slash Stage. On est pile de retour en 1980 avec les moule-burnes, les couleurs flashy, les bandanas, les stetsons, jusqu’au pied de micro tête de mort et la grosse mousse de micro rose… tout dans le détail et surtout avec beaucoup d’humour. Les solos sont un peu approximatifs, la voix est nasillarde, la qualité des morceaux est un peu aléatoire, mais l’énergie et la bonne humeur communicative sont là, et les fans aussi ! D’ailleurs, une quinzaine d’entre elles monteront sur scène pour faire les chœurs en fin de set façon Steel Panther (mais sans se dénuder !). Un lancer d’écharpe frou-frou, un slam du chanteur-guitariste plus loin, c’est sous un mini feu d’artifice (imaginez 4 petits jets faisant de grosses étincelles) que ce concert se termine. Un peu kitsch mais plutôt drôle et, comme au début, le groupe ira remercier les spectateurs en passant par la fosse. Ces derniers ont l’air d’avoir passé un bon moment et ça c’est l’essentiel.
21h sur la Main Stage, la bannière Terror à l’effigie du nouvel album Still Suffer, tout juste sorti fin avril dans les bacs, impose. Les Californiens aussi. Ça fait près de 25 ans que le groupe tourne sans cesse à travers le monde, emmené par son charismatique chanteur Scott Vogel et ce qui est sûr, c’est qu’il a beau avoir 53 ans sur le papier, sur scène, c’est comme s’il en avait 20 de moins. En plus d’assurer à mort son chant, le mec saute et danse sans arrêt. La section rythmique est irréprochable, c’est carré, et le son s’améliore au fil du set (il manquait un peu de basse au début). La formation de Los Angeles attire la foule et sait tenir en haleine son public avec une quinzaine de titres envoyés à vitesse grand V en un peu moins d’une heure, piochant dans sa discographie les titres les plus connus tels que "One With The Underdogs" ou "Keep Your Mouth Shut", mélangés aux nouveaux hits "Still Suffer" ou "Fear The Panic". Un excellent moment avec un public bien chaud et un groupe tout sourire content de l’accueil qui lui a été réservé.
Passage par le stand de Rock'In Bowl de l’ami Guillaume (fidèle lecteur d’AN) pour déguster un sympathique plat coréen avant d’enchaîner avec le possible futur du nu-metal français. Pour le coup, le MozHell a eu du nez et a tenté un joli coup en faisant jouer pour leur tout premier concert le jeune groupe KŪLT 45. Impressionnant de voir à quel point cette nouvelle formation bénéficie d’autant de mise en avant notamment via TikTok (sans compter les 51K sur Facebook et les 13K sur Instagram, si bien que leur merchandising s’est fait littéralement dévaliser dans l’après-midi.
Pour l’anecdote, avant le concert, je fais la rencontre de David d’Enhancer à l’espace VIP (places limitées que les festivaliers peuvent aussi acheter d’ailleurs, pour cette petite zone située à l’écart qui surplombe le grand chapiteau), on parle de nos vidéos live que l’on faisait ensemble durant le Covid (les anciens lecteurs s’en souviennent peut-être, je portais un masque), moment sympa quand un des gendarmes présents lui demande un selfie, et voilà Davy Portela et Toni Rizzotti qui arrivent… J’évite le sujet Pleymo volontairement pour ne pas saouler Davy, on discute et voilà que David nous dit : « Attendez, je reviens, j’veux aller donner de la force aux Kult45. » On avait de toute façon l’intention d’aller voir le set aussi. Davy sort alors un : « Mec, tu ne montres pas ta gueule, hein ! »… David, avec son grand sourire, part en courant en lâchant un « t’inquiète ». On continue à parler avec Davy et Toni sur la vie d’artiste, sur Alternativ News, et voilà que 5 minutes plus tard, on entend au loin la voix de David au micro en train de présenter le groupe au public. Fou rire énorme à ce moment-là ! Il est pas possible ce David !!! Mais c’est aussi ce qui fait sa singularité et qui montre son envie d’aider les autres à avancer. Il nous rejoint 5 minutes après avec un grand sourire et on repart dans un nouveau fou-rire. Un petit moment backstage que je voulais partager avec vous.
Dans la foulée, les Enhancer partent se préparer et on descend rapidement vers la Slash Stage pour voir la prestation des jeunes nu-metalleux KŪLT 45, sorte de mix entre Pleymo justement et Limp Bizkit. C’est rap, c’est metal, c’est en français, c’est en place même si c’est encore un peu jeune, on sent que le potentiel est là. Le premier album, Mauvaises Influences, vient tout juste de sortir et c’est ce qui est au programme de ces 45 minutes de set. Le chanteur peroxydé offre des t-shirts au public, les poses nu-metal du guitariste avec son instrument fluo jaune s’enchaînent, on descend dans les genoux comme si on regardait Korn il y a 30 ans, devant un public venu en masse les soutenir, peut-être même la plus grosse affluence du week-end sur la petite scène. Les compositions tiennent la route, même si les paroles restent encore simplistes, l’énergie est palpable et on se dit qu’on tient là peut-être quelque chose qui pourrait devenir grand. On vous aura prévenus et le MozHell pourra se targuer d’avoir été le premier festival à les faire jouer. Bonne chance à eux quoiqu'il arrive !
23h, la fameuse première tête d’affiche du week-end arrive, avec un public gonflé à bloc, mêlant fans nostalgiques venus exprès pour eux, mais aussi des plus récents et anciens qui n’ont jamais eu l’occasion de les voir à la grande époque de la Team Nowhere. Deux grands drapeaux blancs avec les initiales NNCR servent de backdrop, les membres du groupe parisien, habillés de la même manière, commence le show autour de la batterie de John sur "Electrochoc", comme au Hellfest et aux Eurocks. La machine à tubes Enhancer est lancée, et c’est sur "Street Trash" que le combo se déploie sur toute la scène. Le rythme ne fait qu’accélérer avec le bourrin "Hardcore Version Dancefloor", seul titre issu du premier album paru il y a… 26 ans ! "K.O.", "Peu Importe", "Pas Sommeil" suivent avec un petit "Street Playground" entre deux.
David est intenable, monte sur les amplis, glisse sur le sol, brandit un énorme drapeau blanc avec NNRC écrit en grand dessus, mais il n’est pas le seul à se démener. Bill et Toni se payent aussi un bain de foule et slamment, David marche sur la foule, même Davy ira y faire un tour avec sa guitare, porté par les festivaliers. La setlist comprend 12 titres et on a la chance d’avoir deux morceaux en plus par rapport aux deux autres festivals, le même show qu'au Forum de Vauréal avec l’excellente "Dirty Dancing" mais aussi le classique "Rock Game" ! Alors, pas de Joey Starr à Insming non, mais Clem d’ASHEN (qui joue le lendemain) viendra chanter sur "Cinglés", et restera pour le final avec en plus les Kult45 sur Hot, dans un beau bordel sur scène et devant un public littéralement en feu.
Il est minuit et le concert est censé s’arrêter à ce moment-là… mais non en fait. David se tourne vers la table de mixage, regarde Julien, le président du festival, qui lui fait signe qu’il peut continuer s’il le veut. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et David revient sur scène direct en lançant à la foule que ce n’est pas fini et qu’elle peut choisir un titre que le groupe peut rejouer. En définitive, ce n’est pas un morceau mais bien trois qu’on aura le droit de réentendre ! Avec un passage sympathique sur "Hot" durant lequel une partie des bénévoles est invitée à monter sur scène pour faire la fête et lui rendre un bel hommage pour l'énorme travail accompli. Le final sur "Hardcore Vs. Dancefloor", véritable hymne et morceau phare de la bande, clôturera cette première soirée géniale, avec un David qui s’écrase littéralement sur la nouvelle batterie de son frère John.
Il s’agira du dernier concert du groupe (pour l'instant hein !) puisque la dernière date prévue au Musicalarue dans le sud-ouest a été annulée à cause des terribles incendies. Reste à savoir maintenant si un nouvel album pourrait voir le jour… un jour… peut-être… on croise les doigts.
Enhancer a convaincu, a été proche de ses fans, a donné de l’énergie, gravé des sourires sur de nombreux visages ce soir-là. Et ça, c'est tout ce qu’on attend d’un concert de rock.
Minuit et demi, il est l’heure de quitter Insming et d’aller se reposer avant d’affronter la deuxième journée du festival, avec une autre superbe affiche avec comme headliners les cultes P.O.D.. On y reviendra très prochainement.
Photos : grand merci à Ekymox et Intérieur Rock _pour leurs magnifiques clichés
Les reports du samedi et du dimanche seront publiés bientôt.


















